« Soyez heureux de tout ce qui nous entoure. Tout nous enseigne et nous conduit à Dieu. Toutes les choses qui nous entourent sont des gouttes de l’amour de Dieu. Les êtres animés et les êtres inanimés, les plantes, les animaux et les oiseaux, les montagnes, la mer, le coucher du soleil et le ciel étoilé. Ce sont les petits amours à travers lesquels nous atteignons le grand Amour, le Christ. Les fleurs, par exemple, ont leur grâce : avec leur parfum, elles nous enseignent la splendeur. Elles nous parlent de l’amour de Dieu. Elles répandent leur parfum, leur beauté sur les pécheurs et sur les justes. (…) La nature est l’Évangile mystique. La prière, c’est approcher chaque créature de Dieu avec amour et vivre en harmonie, avec toutes les créatures, même les plus sauvages. (…) Quand je ressens l’harmonie de la nature, je pleure de joie. » Ces paroles de Saint Porphyre le Kavsokalyvite, un moine grec qui vécut au XXe siècle, témoignent de l’approche « éco-spirituelle » chrétienne orthodoxe ; née de la contemplation de la Beauté de la Création, don de Dieu, cette approche oriente les personnes vers la seule voie sûre pour sauvegarder la Création : la sainteté.
En effet, l’Humanité, avec des degrés de responsabilité divers, ne cesse d’abîmer toutes les créatures, – pollution des eaux et des sols, déséquilibres et appauvrissement de la faune et de la flore, modification du climat, pillage des ressources naturelles – et tous les hommes sont victimes de ces dégradations. La raison profonde de ces actions est le péché, qui est rupture de communion entre Dieu et l’Homme, et qui fausse la vision et l’usage que celui-ci a des créatures. La véritable « révolution écologique » n’est donc pas d’ordre technique ou politique, mais spirituelle, ce qu’on appelle dans la spiritualité orthodoxe une métanoia, un retournement du regard et du cœur, qui implique une ascèse quotidienne par l’adoption de nouveaux gestes et comportements, et par le combat contre toute pensée idolâtre et matérialiste. Elle n’est pas séparable de la participation à la vie liturgique, particulièrement aux Saints Mystères, car pour les chrétiens orthodoxes, toute la matière est porteuse de l’Esprit saint, toute la matière est porteuse de grâce, toute la matière est en attente de Transfiguration. Ainsi, le calendrier liturgique intègre des périodes de jeûne ; les offices orthodoxes contiennent de nombreuses prières de louange et de bénédiction pour la Création et des prières de demande pour sa protection ; les éléments de la Création, comme l’eau, le pain et le vin, sont transfigurés par l’Esprit saint dans les offices des Mystères (ou Sacrements).
C’est pourquoi, dès les années 1980, le patriarche Dimitrios de Constantinople exprimait sa préoccupation pour la Sauvegarde de la Création et eut l’initiative de proposer une Journée annuelle de prière pour la sauvegarde de la Création, fixée au 1er septembre, et instituée dès 1989. Des propositions et mobilisations pour la Sauvegarde de la Création sont nées également dans les mondes protestants et catholique romain. L’association Église verte témoigne de la convergence de ces préoccupations et initiatives, puisqu’elle regroupe en réseau des communautés chrétiennes, en particulier des paroisses, qui s’engagent pour prendre soin de la Création. En faire partie permet de bénéficier de conseils et d’outils, comme la labellisation selon une progression qui suit une échelle, une notion qui résonne bien avec la spiritualité orthodoxe. Cette association est reconnue et soutenue par l’Assemblée des Évêques orthodoxes de France.
Lors de son Assemblée Générale, en février 2025, notre paroisse des Saints-Apôtres-Pierre-et-Paul a décidé d’être membre de l’association Église verte, mais c’est un an plus tard qu’elle y a effectivement adhéré et a reçu la labellisation avec le niveau « Graine de sénevé », puis « Lys des champs » en mars 2026. Une petite équipe de trois personnes s’est engagée pour entraîner la communauté sur ce chemin en proposant quelques objectifs dans différents domaines, comme la catéchèse, le terrain et le bâtiment, sans volontarisme, mais par petits pas, à l’écoute de ce que l’Esprit saint inspirera à notre communauté.
Pour aller plus loin :
Le site de l’association « Église verte » : Pour une conversion écologique de l’Église | Label Église verte
Une conférence de la théologienne orthodoxe Julija Naett-Vidovic : https://www.egliseverte.org/fiche/cycle-oecumenique-eco-theologie/
Découvrir le monastère de Solan, une communauté de moniales engagée pour la Sauvegarde de la Création : Monastère de la Protection de la Mère de Dieu, Solan (Gard)